Marjane Satrapi

autrice de bande dessinée, peintre et réalisatrice franco-iranienne

Marjane Satrapi (en persan : مرجان ساتراپی, Marjāne Sātrāpi), née le à Racht (État impérial d'Iran) et morte le [1] à Paris, est une artiste franco-iranienne d'expression francophone surtout connue comme autrice de bande dessinée et réalisatrice.

Marjane Satrapi
Marjane Satrapi en 2008.
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 56 ans)
Paris (France)Voir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
مرجان ساتراپیVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Marjane EbrahimiVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
Marjane SatrapiVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalités
Formation
École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg
Université islamique Azad, branche du sud de Téhéran (en)
Université islamique d'Azad, antenne centrale (en)
Lycée français de Vienne
Lycée RaziVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Conjoint
Mattias Ripa (d) (de à )Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Membre de
Distinctions
Prix Princesse des Asturies en communication et humanités ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Prononciation
Œuvres principales
signature de Marjane Satrapi
Signature.
Vue de la sépulture.

Elle accède à la célébrité avec la publication de Persepolis, une bande dessinée autobiographique en quatre volumes où elle raconte son enfance et sa jeunesse entre l'Iran de la révolution islamique et l'Europe des années 1980-1990. Publiée par la maison d'édition française L'Association de 2000 à 2003, cette série est vendue à plus d'un million d'exemplaires en France, traduite dans de nombreuses langues et récompensée dans le monde entier. Satrapi publie dans la foulée deux autres bandes dessinées se déroulant en Iran, Broderies et Poulet aux prunes (prix du meilleur album du festival d'Angoulême 2004).

Elle se détourne ensuite de la bande dessinée pour se consacrer notamment au cinéma. Ses deux premiers films, réalisés avec Vincent Paronnaud, sont des adaptations de ses œuvres : en 2007, le dessin animé Persepolis, primé à Cannes 2007 et aux César 2008, et en 2011 le film en prise de vues réelles Poulet aux prunes. Son premier film non adapté d'une de ses œuvres, The Voices, sort en salle fin 2014 et est primé à L'Étrange Festival et à Gérardmer.

Biographie

Jeunesse et formation

Marjane Satrapi naît dans une famille sympathisante communiste de Téhéran (État impérial d'Iran) . Son enfance correspond à une restriction croissante des libertés individuelles dans le pays et aux effets sur la vie quotidienne des événements politiques de l'époque, soit en particulier la révolution islamique et la guerre Iran-Irak. Son oncle Anouche, dirigeant du Parti communiste iranien, auquel elle est très attachée, est exécuté pour ses opinions politiques. Dans sa jeunesse en Iran, elle découvre le cinéma et elle y visionne des films de François Truffaut, Belle de jour de Luis Buñuel (1967), Répulsion ou encore Rocco et ses frères, qui figurent parmi ses films préférés[2],[3]. Elle cite régulièrement Catherine Deneuve et Alain Delon, deux stars qu’elle découvre dès ses plus jeunes années en Iran, et leur proposera plus tard à tous deux de prêter leur voix à Persepolis, proposition que Catherine Deneuve acceptera[4].

En 1984, à l'âge de 14 ans, elle est envoyée par ses parents au lycée français de Vienne, en Autriche, où elle reste quatre ans. Après un retour en 1988 en Iran, et l'obtention d'une maîtrise de communication visuelle à l'école des beaux-arts de Téhéran, elle part ensuite, en 1994, en France et fait des études à l'École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg.

Autrice de bandes dessinées à succès (années 2000)

Son entrée à l'atelier des Vosges, au sein duquel sont associés des dessinateurs comme Émile Bravo, Fabrice Tarrin, Christophe Blain, Joann Sfar, Frédéric Boilet ou David B., lui donne le goût de la bande dessinée.

La vraie révélation vient de la lecture de Maus de Art Spiegelman. Elle publie les quatre tomes de Persepolis entre 2000 et 2003 et obtient un grand succès critique et commercial.

En 2003, elle publie Broderies, nommé dans la catégorie du meilleur album au Festival d'Angoulême 2004. Finalement, sa dernière bande dessinée, Poulet aux prunes, paraît en 2004, couronné cette fois-ci par le prix du meilleur album[5].

Elle décide alors de ne plus créer de bandes dessinées et de se consacrer à la peinture et à la réalisation de films car elle a « besoin de nouveauté »[6].

Carrière de réalisatrice (années 2000 et 2010)

 
La co-réalisatrice et autrice à une avant-première de Persepolis en 2007.

Entre 2005 et 2007, elle réalise en partenariat avec Vincent Paronnaud Persepolis, l'adaptation de sa bande dessinée autobiographique en long métrage d'animation en noir et blanc, sorti le . Il est projeté au festival de Cannes 2007 au sein de la sélection officielle. À cette occasion, la république islamique d'Iran s’inquiète de voir la sélection de ce film présentant ce qu'elle trouve être « un tableau irréel des conséquences et des réussites de la révolution islamique »[7]. Le film reçoit, malgré la polémique, le prix du jury du festival et obtient un succès international couronné par deux César l'année suivante (« meilleur premier film » et « meilleure adaptation ») ainsi que par une nomination à l'Oscar 2008 du meilleur film d'animation. En 2008, elle remporte également le Prix international d'humour Gat-Perich[8].

En 2010, elle adapte son album Poulet aux prunes au cinéma dans un film au même titre, sélectionné en compétition lors de la Mostra de Venise en 2011, et qui gagne le prix du meilleur long métrage au festival international de film d'Abou Dabi ainsi que le prix du public à São Paulo.

Elle est initialement annoncée pour réaliser L'Extraordinaire Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea[9], mais la réalisation est finalement confiée à Ken Scott.

Le , elle est élue au fauteuil V de la section cinéma et audiovisuel de l'académie des beaux-arts, fauteuil précédemment occupé par le réalisateur français Jacques Perrin[10].

Artiste peintre

 
Marjane Satrapi au Grand Action en 2022.

Marjane Satrapi commence à peindre, pour son plaisir, avant de se consacrer aux bandes dessinées. Elle expose une première fois en 2013 à la galerie Jérôme de Noirmont à Paris sur le thème de la femme[11]. C'est sur ce même thème — elle ne peint que des femmes[12] — qu'elle réalise en 2020 une nouvelle exposition à la galerie parisienne Françoise Livinec intitulée Femme ou Rien[13]. En , elle est mandatée par le Ministère de la Culture français pour concevoir un triptyque pour les Jeux olympiques de 2024, qui doit être reproduit en tapisserie par les artisans de la Manufacture des Gobelins[14].

Prises de position

En , elle figure parmi les signataires du manifeste du Printemps républicain[15].

Lors de la campagne pour l'élection présidentielle de 2017, elle participe à un meeting de soutien au candidat En marche Emmanuel Macron, le à Bercy[16].

Vie privée

Marjane Satrapi parle persan — sa langue maternelle — et français. Elle parle également anglais, allemand, italien et suédois[17].

Elle est mariée avec Mattias Ripa, producteur, acteur, et scénariste suédois[18], mort le [19],[20].

Mort

Résidant à Paris[21], Marjane Satrapi y meurt le [1][20],[22]. Elle était hospitalisée à Munich depuis deux mois[23]. Ses proches annoncent dans un communiqué qu’elle est « morte de tristesse un peu plus d’un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l’amour de sa vie »[20].

Œuvres

Bande dessinée

Direction d'ouvrage

Filmographie

Réalisatrice

Actrice

Musique

Distinctions

Récompenses

Décorations

Proposée pour la Légion d'honneur le , elle refuse la décoration début 2025 pour s'opposer à ce qu’elle perçoit comme une « attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l’Iran », notamment en ce qui concerne l'attribution de visas à des enfants d’« oligarques iraniens » plutôt qu'aux « jeunes Iraniens épris de liberté, dissidents, et artistes »[33].

Doctorats honoris causa

Hommage

Autres

Notes et références

  1. a et b « Avis de décès de Marjane Satrapi »
  2. Lolita Mang, « 10 films de Catherine Deneuve à (re)voir en ligne », sur Vogue France, (consulté le )
  3. Manon Marcillat, « À l’occasion de la ressortie de Persepolis, voici les 25 films conseillés par Marjane Satrapi dans son Vidéo Club », Konbini - Musique, cinéma, sport, food, news : le meilleur de la pop culture,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  4. « Marjane Satrapi : "Une distance entre moi et l'histoire" », Le Monde,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  5. Mattéo Sallaud, « BD : au festival d’Angoulême, le prix du meilleur album prend du poids chaque année », Sud Ouest,‎ (lire en ligne).
  6. « Marjane Satrapi rend hommage aux femmes de sa vie », sur ouest-france.fr, (consulté le ).
  7. Didier Péron, « Persepolis anime Téhéran », Libération, .
  8. « http://www.denoirmont.com/biographie-artiste-marjane-satrapi.html »(Archive.orgWikiwixGoogleQue faire ?) Biographie sur le site de la galerie de Jérôme de Noirmont.
  9. Paul Valmalle, « Marjane Satrapi adapte L'Extraordinaire Voyage du fakir », Le Figaro, .
  10. « Marjane Satrapi élue à l'Académie des beaux-arts », sur Académie des beaux-arts (consulté le ).
  11. Dominique Poiret, « Le galeriste Jérôme de Noirmont jette l’éponge », sur Libération.fr, (consulté le ).
  12. Stéphanie Pioda, « Marjane Satrapi, peintre "féroce" », sur Beaux Arts, (consulté le ).
  13. « "Peindre, c'est revenir à l'origine de ce que j'ai aimé faire" : Marjane Satrapi célèbre la femme dans une exposition à Paris », sur Franceinfo, (consulté le ).
  14. Marjane Satrapi célèbre les jeux Olympiques de Paris avec une tapisserie de 9 mètres de long, Le Figaro, 2 juillet 2021
  15. Guillaume Gendron, « Au lancement du "Printemps républicain" : "N'ayez pas peur du mot "islamophobe"" »  , sur Libération, (consulté le ).
  16. Antoine Llorca, « Stéphane Bern, Yohan Cabaye, Vincent Lindon… des dizaines de personnalités au meeting de Macron à Bercy », lci.fr, 17 avril 2017.
  17. (en) « Author Bio: Marjane Satrapi », Michael Schwartz Library: Cleveland State University, (consulté le ).
  18. « Mort de Marjane Satrapi, l’autrice franco-iranienne de “Persepolis” », sur www.telerama.fr, (consulté le )
  19. « ‘Words are never enough,’ says 'Persepolis' author Marjane Satrapi », sur The Blade, (consulté le ).
  20. a b et c « L’artiste franco-iranienne Marjane Satrapi, autrice de la bande dessinée Persepolis, est morte à l’âge de 56 ans », sur lemonde.fr, .
  21. Charbanou Jochum-Maghsoudni, Marjane Satrapi. Persépolis, vol. 2006-2, L'Harmattan, (ISSN 0247-9788, lire en ligne), p. 277-281.
  22. « Marjane Satrapi : marcher enfin libre, la tête nue », sur parismatch.com, (consulté le )
  23. Baudouin Eschapasse, « Marjane Satrapi, l'autrice de Persepolis, est morte à l'âge de 56 ans », sur Le Point, (consulté le ).
  24. « Marjane Satrapi : « Ce régime iranien va tomber » », sur elle.fr, (consulté le ).
  25. Marjane Satrapi, « Zan Zendegi Azadi », sur Internet Archive, (consulté le ).
  26. « Rosamund Pike dans la peau de la scientifique Marie Curie », Allociné,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  27. Thierry Groensteen et collectif, Primé à Angoulême : 30 ans de bande dessinée à travers le palmarès du festival, Éditions de l'An 2, (ISBN 2-84856-003-7).
  28. La rédaction, « Angoulême planche sur l'avenir de ses bulles. Les Alph'arts remis par le jury », Le Monde,‎
  29. Prix Bita sur iranian-studies.stanford.edu.
  30. (es) Tommaso Koch, « Marjane Satrapi, autora de ‘Persépolis’, Premio Princesa de Asturias de Comunicación y Humanidades 2024 », sur El País, (consulté le )
  31. « Nomination dans l'ordre des Arts et des Lettres – hiver 2022 », sur culture.gouv.fr (consulté le ).
  32. « Nomination dans l'ordre des Arts et des Lettres juillet 2015 - Ministère de la Culture », sur culture.gouv.fr (consulté le ) ; nomination du par Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication.
  33. « L’artiste Marjane Satrapi refuse la Légion d’honneur en raison de l’"attitude hypocrite de la France vis-à-vis de l’Iran" », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le ).

Annexes

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Bibliographie

Liens externes